La nécropole vaticane

et le tombeau de saint Pierre :

état présent de la question 


par Monsieur Gérard NAUROY,
membre titulaire

 

On tente dans cette communication de résumer aussi clairement que possible une question complexe qui a suscité maintes polémiques : il s’agit de savoir si l’apôtre Pierre a vécu à Rome, y a répandu l’évangile du Christ et y est mort sur la croix dans le cirque de Néron, au pied de la colline vaticane, lors de la persécution qui a frappé les chrétiens après l’incendie de la ville en 64 ; plus encore, de s’assurer qu’il a bien été enseveli à l’emplacement qu’on considérait comme son tombeau à l’époque de Constantin, là où se situe aujourd’hui la « Confession » de la basilique Saint-Pierre surmontée par le baldaquin du Bernin.

Il convient, après avoir identifié le site – le voisinage du cirque commencé par Caligula, achevé par Néron, en bordure de la via Cornelia se dirigeant vers la ville étrusque de Caere (aujourd’hui Cerveteri) –, de confronter les données de la tradition transmises par les auteurs anciens, païens comme chrétiens, avec les résultats des fouilles menées en deux campagnes entre 1940 et 1957. Parmi les nombreux témoignages se rapportant à la tombe de saint Pierre, le plus fiable et le plus ancien est celui du prêtre Gaïus, qui, polémiquant avec Proclus, sectateur d’une hérésie montaniste, affirme que, si son adversaire peut se flatter de posséder à Hiérapolis en Asie les tombeaux de l’apôtre Philippe et de ses filles, la ville de Rome, elle, possède les « trophées » des apôtres Pierre et Paul. Maints récits, souvent apocryphes et légendaires mais reflétant peut-être une certaine vérité transmise oralement, plusieurs lieux comme la petite église du « Quo vadis ? » sur la via Appia, attestent la vitalité et la permanence à travers les premiers siècles du culte de Pierre à Rome, associé à l’apôtre Paul.

Les fouilles, entreprises à l’initiative de Pie XII en 1950, ont permis de retrouver une vaste nécropole à l’emplacement actuel de la basilique Saint-Pierre : d’imposants mausolées sont alignés de part et d’autre d’une étroite rue, mais surtout, sous l’autel papal actuel, on a découvert un édicule à colonnettes et à niches qu’on peut avec la plus grande probabilité identifier avec le trophée dont parle le prêtre Gaïus. Il apparaît que Constantin, au lendemain de l’édit de tolérance publié après la victoire du pont Milvius remportée sur Maxence, a choisi cet emplacement pour honorer le Prince des apôtres en dépit d’innombrables difficultés (topographiques, juridiques, psychologiques) qui auraient normalement dû l’en dissuader : c’est donc qu’une raison impérative lui imposait ce lieu, selon toute vraisemblance la présence de la tombe de l’apôtre. De sorte que, même si le débat reste ouvert quant à l’identification des ossements retrouvés dans une caissette autrefois insérée dans le mur G, le mur aux graffitis (où l’on a retrouvé le nom de Pierre gravé en grec) contigu à l’édicule à niches, il ne reste plus beaucoup de place au doute… ou à la foi.

 

 

StPierre               

Nécropole vaticane, tombeau M, des "Iulii" 

le Christ Soleil.