Résumé de la communication du 6 novembre 2008

par M. Pierre Labrude, membre associé libre

Peu après la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’Armée américaine se ré-installe dans notre pays suite à des accords bilatéraux puis à la création de l’OTAN en 1949-1950. Il s’agit d’abord de créer une zone logistique et de communication permettant, en traversant la France de l’Atlantique à la région Est, puis en se dirigeant vers l’Allemagne, de ravitailler les troupes américaines et alliées qui stationnent dans ce pays.

Dans un premier temps, les Américains installent de nombreux dépôts de matériels de toutes sortes et de munitions, ainsi que des hôpitaux, dans des sites divers : anciennes installations militaires, camps et aérodromes inutilisés, forêts domaniales. Il n’y a pas de régiments offensifs comme l’infanterie ou l’artillerie. Un peu plus tard, dans les premières années de la décennie 1950, des bases aériennes sont créées par l’US Air Force et la majorité des avions de combat se trouve dans l’Est de la France. Il y a donc une différence importante entre les installations de l’US Army et celles de l’USAFE.

Les installations américaines sont nombreuses et importantes dans les quatre départements lorrains et dans les quatre agglomérations de Verdun, quartier général de la Zone avancée, Toul, Nancy et Metz. De là les convois se dirigent vers Kaiserslautern et Pirmasens.

La Moselle compte ainsi diverses structures. Dans l’agglomération messine, la France concède aux Américains l’usage du Quartier Colin à Montigny, de la zone de Tournebride « en dessous » de la base aérienne à Moulins, du grand dépôt de Woippy, ainsi que de divers dépôts aux environs dont il n’est pas sûr que tous aient été utilisés. La base de Frescaty est d’abord employée comme un sous-dépôt de matériel dépendant du grand dépôt de Moulins dans l’Allier, puis comme base d’avions de liaison de l’US Army. Rapidement mise aux normes OTAN, elle est assez vite rendue à la France. Un important centre de transmissions et de contrôle des mouvements aériens est créé au fort Jeanne d’Arc à Rozerieulles, où travaillent ensemble les militaires américains, les Canadiens après leur installation à Mercy, et les Français. Il existe des bureaux à l’état-major français et à la gare.

Près de Thionville, l’Armée américaine occupe l’ancien camp de sûreté d’Angevillers de la ligne Maginot, qui est tout près des ouvrages de Rochonvillers, de Molvange et d’Immerhof qu’elle emploie comme centres de transmissions pour les liaisons avec l’Allemagne. Un relais hertzien est construit à côté du camp. Des installations similaires mais de dimensions très réduites, sont créées dans l’ancien camp de Zimming, non loin de Saint-Avold, et dans l’ouvrage de Kerfent. Ce sont surtout les Canadiens qui emploient ce site en raison de la proximité de leur base aérienne de Grostenquin.

Une grande base aérienne américaine est créée ex nihilo à Phalsbourg-Bourscheid sur un ancien terrain de l’Armée de l’air française ne comportant qu’une piste en herbe et quelques constructions que la Luftwaffe avait modifiées. Phalsbourg n’aura toutefois pas autant d’importance que d’autres bases de la région. Elle abritera d’abord des hélicoptères et sera victime des resserrements dus aux économies voulues par le gouvernement américain. Des installations annexes, de transmissions et de contrôle des mouvements aériens se trouvent à proximité, et en particulier près de Dabo, ainsi qu’à Rohrbach, près de Bitche.

L’apogée de la présence américaine en France se situe en 1959, avec ensuite un déclin puis un regain de présence en 1961 avec la crise de Berlin, puis un nouveau déclin. Des mesures de resserrement sont prises en 1963-1964 avec fermeture de diverses bases, et le départ total des troupes est même envisagé par Washington au cours de ces années, indépendamment des difficultés qui peuvent exister avec le gouvernement du général de Gaulle. De toute façon, la présence américaine aurait dû être renégociée en 1969. Mais, au début de l’année 1966, le Général demande aux Américains de quitter notre pays pour le 1er avril 1967.

Les premiers départs ont lieu rapidement, mais tout n’est terminé qu’à la fin de 1967. Les installations, bien que réalisées sur des terrains français, sont l’objet de difficiles négociations de rachat entre les deux gouvernements. Elles échoient au ministère des Armées qui les utilise ou les rétrocède - l’essentiel d’entre elles - à l’Administration des Domaines qui les transfère à d’autres départements ministériels ou les met en vente.

Qu’en reste-il aujourd’hui ? Pour l’essentiel, les installations messines sont toujours utilisées par l’Armée française. Le camp d’Angevillers et les ouvrages enterrés sont toujours des possessions militaires et ces derniers ont été réaménagés et employés comme poste de commandement jusqu’en 1993. Leur avenir rejoint aujourd’hui celui de toutes les structures de ce qui fut la ligne Maginot. Immerhof se visite. A Ziming, le camp a été vendu à un entrepreneur et l’ouvrage de Kerfent est un site touristique.

Les bases aériennes sont toujours utilisées par notre Armée. Frescaty est encore une base aérienne et Phalsbourg abrite un régiment d’hélicoptères de combat. Nombre des petites installations de transmissions ont disparu.

Ces installations et ces bâtiments avaient été édifiés pour durer cinquante ans. Nous y sommes parvenus. Beaucoup sont encore debout, en bon état et utilisés, mais ce chapitre de notre histoire contemporaine n’est plus présent dans notre esprit. L’a t-il jamais été ? Seuls les historiens et les amateurs qui s’y intéressent savent aujourd’hui trouver et reconnaître ces imposantes installations ex-américaines et ex-canadiennes. Il ne restera bientôt plus que les anciens villages et lotissements construits pour les cadres à Metz, Sarrebourg et Phalsbourg, Saint-Avold pour les Canadiens, et, là  encore, ils ne ressemblent bien sûr plus beaucoup à ce qu’ils étaient en 1960…

Au total, la présence américaine dans notre région a été très importante par le nombre et la variété des structures et le nombre des personnels militaires et des membres des familles, sans oublier les centaines d’employés civils français. Ces Américains, nous les avons oubliés, et pourtant, qu’on le veuille ou non, qu’on l’accepte ou pas, il est sûr qu’ils ont puissamment contribué à nous faire rentrer dans l’american way of life… Pendant un certain nombre d’années, ils ont été les garants de notre sécurité et donc aussi de notre existence. Un peu plus de quarante ans après leur départ, il m’a semblé que tout cela méritait d’être rappelé.